Entre chien et loup

Publié le par Mickael

Il fut un temps ou les argentins, je veux dire les colons, furent de fameux  " cow boys ". A ceci pres qu´au lieu de chasser la vache ou le bison, ces buffalo bill d´avant l´heure traquaient le Quecha ou le Guarani. Une fois ces grands espaces ethniquement  nettoyes, on les a rationnalise , a l´europeenne, avec des mesures et des cordeaux, afin d´en tirer un max de profit dans l´elevage intensif. Maintenant, les gauchos meme se font rares. Leurs chevaux, galopant a bride abattue dans la pampa, ont ete vaincus par les chevaux de frise. On a mis partout des clotures aux cavalcades. Quelques richissimes familles se sont arroges les grands espaces ( imaginez le plaisir que ce doit etre d´arriver en haut d´un col des Andes et de proclamer triomphalement, en embrassant d´un grand geste l´horizon devaste, " ceci est a moi " ! ) en une poignee d´estancias parfois aussi grandes que la Belgique . On ferait tenir toutes les favellas du Bresil et de l´Argentine dans l´un de ces champs que les bovins, alourdis de grasses provende, mettraient plusieurs a traverser d´un bout a l´autre. Les premiers arrivants ont donc emis leur "droit "de propriete et tiennent toujours leur fief avec une sorte de feodale opiniatrete.

Symbole de ce culte de la propriete: les chiens. Chaque proprietaire a sa chasse gardee, sa meute attitree de cerberes. Les bovins ne passent pas entre les fils de fer barbeles. Les chiens, si. Toute personne ayant l´impudence de passer un peu trop pres de la sacro sainte estancia sera chasse jusque sur la route , avec a ses trousses une ou plusieurs furies aux abois. Pour esperer entrer dans une estancia, il faut tenir un siege d´au moins plusieurs jours , ou prevoir une fiole d´arsenic ainsi qu´un morceau de viande empoisonnee. C´est a se demander si , pour etre sur qu´on aille pas d´aventure brouter leur  filon d´herbe, ces invisibles Harpagon n´ont pas eu soin d´incoculer la rage a leur faction sur pattes. Cette maladie sevit en Amerique du sud plus que partout ailleurs.

Je suis maintenant aux prises avec trois de ces cabots. L´un d´entre eux est particulierement alleche par mes mollets, toutes crocs dehors, de l´ecume plein la gueule, et m´oblige a stopper net, le velo entre lui et moi servant de rempart. Le tout est de savoir si c´est du bluff. Je repense aux terribles symptomes de la rage ( gorge qui se noue, convulsions, impossibilite de boire de l´eau , SIC! ) en le voyant s´approcher,  menacant, et commence a m´egosiller en brandissant ma chaine d´antivol . Le niveau d´ecume commence a descendre.  Second coup de gueule .Il faut volte face, le ladre! Aussitot que je remonte en selle et lui tourne le dos, l´assaillant relance un assaut, bondissant dans les herbes hautes. Je suis oblige de reiterer 3 fois l´operation descente du velo / protection derriere le velo / hurlement d´homme de cro magnon nez a nez avec un mammouth ( mais j´ai un doute sur la coexistence de ces deux poilues d´especes ) avant que le colosse ne se satisfasse de la distance. Je repars , la voix completement felee. Avec juste un peu plus de coffre, j´aurai renvoyer le chien des Baskerville a la niche, la queue entre les jambes. Maintenant, je peux le dire. C´etait du bluff , je ne l´aurai jamais mordu .

Publié dans cyclotropisme

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Xavier 12/02/2007 21:52

Ca a l'air sympa l'Argentine! Je suis juste un peu déçu, doit y avoir un bug: on ne voit même pas la photo du chien menaçant de te mordre. Si c'est par pure lâcheté que tu n'as pas pris le temps de le faire poser, je ne te félicite pas!
Sinon, bonne continuation, méfie-toi juste des fameux crapauds égorgeurs de Patagonie.
Xavier