Hablo español

Publié le par Mickael

Journee de soleil ambivalent. Des feux de la rampe aux exces du zenith... Je pedale deja depuis deux heures. La campagne commence a rentrer dans sa dimension abstraite. De grands aplats de vert a droite, a gauche, des pylones qui scandent sur une meme voie monocorde, une invariable geometrie. Soudain, irruption. Une voiture, m´ayant double, se range dans les herbes hautes du fosse. Deux hommes en sortent, dont l´un deux braque quelque chose d´impostant sur moi, qu´il tient sur l´epaule comme un lance roquette ou un mortier. L´accolyte est maintenant a ma hauteur et me mitraille de questions pour la television locale  . Je prefere encore l´artillerie lourde et regarde betement la camera. J´ai a peu pres trois mots de castellano pour tout bagage, ce qui laisse assez peu de combinaisons pour formuler des phrases. Telespectateurs, telespectatrices, entre deux bouchees pantagrueliques de corned beef ( une active campagne de publicite contre l´obesite sur les ecrans argentins ... ) , un peu d´attention ! Je vous previens, ca ne sera pas du Borges , encore moins du Cervantes ,que j´ai pourtant eu l´occasion de lire a dakar au club de voile, ds une vieille edition espagnole de Don Quichotte( j´ai depose les armes au milieu de l´arriere de couverture ) . Pas l´eloquence d´un hidalgo , tout juste les borborygmes d´un touriste un peu pris de court. Voila je commence a couiner en combinant mes trois mots ( J´ai Miguel , je m´appelle 23 ans, j´habite en France, en Espagne, au Maroc , en Mauritanie, au Senegal et et Argentine ) , enveloppes dans mon haleine de phoque patagonien, en regardant tour a tour l´oeil rouge de la camera et ceux de mon intervieweur, souvent oblige de repondre a ses propres questions. J´essaie de rouler les " r " comme un jeune lionceau essaie de rugir et de bien graisser la " jota " , mais rien a faire, la consonne raper , ripe, glisse , prend de la vitesse, et sort de ma bouche sous la forme trop ronde d´un " l " . J´imagine le viel argentin lambda, a moitie sourd , devant sa tele, en train de boire son mate ( n´ayant pas peur des cliches ) , en ecoutant mes vocalises , et coupant avec son " facon " ( couteau des gauchos ) cet accent de francais comme une viande qu´on aurait retire trop tot du grill. Je repars,  inconsole (, veuf , tenebreux ;)  ) par les  moultes dizaines de telespectateur ( trices ) du patelin qui me voient repartir en zigzagant , mais fier comme un coq gaulois, avec des mollets encore plus gros que ceux de ce cher et emblematique volatile.

 

SUITE ALLONGE DANS LE FOSSE  , yahoo ! 

Publié dans cyclotropisme

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