Buenos aire
Pour prendre la mesure de Buenos aire il faut se rendre dans le Micro centro, centre nevralgique de la megalopole qui absorbe un tiers de la population argentine ( 12 M d´hab ). Une canopee de gratte ciel, serres comme des tuyaux d´orgue: Je dois tirer a peu pres la meme tronche que Bardamu decouvrant New York dans son " voyage au bout de la nuit " , stupefaite et beante vers l´etroit defile de ciel qui persiste entre les parois de verre. Je suis maintenant loin des paillottes du desert mauritanien ou des cases en banco du Senegal ! Tissu urbain cousu de fil archaique et ultra moderne. Deux buildings high tech jouent des coudes entre les fleches un peu depassees et emousses d´une cathedrale gothique. Juste a cote, commence le kaleidoscope de l´avenida Florida, qui decline infiniment, de part et d´autre d´un flot intarissable de passants, ses gammes de couleurs criardes , ses enseignes tape a l´oeil. Mac Do, magasins de HiFi, de pret a porter. Daniel ( ben ouais , c´est bizarre , il s´appelle bien Daniel , par contre il est bien vegetarien ) , un californien de la meme auberge, avec lequel je deambule, retrouve la demesure des megalopoles americaines, Los Angeles, Chicago, N Y ...
C´est vraiment un plaisir de flaner dans les rues de Buenos aire qui cachent ( cf Baudelaire , "les plis sinueux des vieilles villes ") dans chaque case de cet immense damier, ici un joyau d´architecture orthodoxe qui nous plonge dans la feerie des coupoles russes, la une immense fresque a la Rivera, la encore un bobeche au nez rouge qui gesticule, cabriole et jongle au milieu de la circulation stoppee au feu rouge . Excentricite , creativite des grandes villes, des murs des banlieues tages aux facades suranees des demeures patriarcales , charges d´ornements baroques ou rococo...
Je quitte la capitale avec en sus dans les sacoches les deux cadeaux respectifs de deux nouveaux amis rencontres a l´auberge, un guide du Chili et un billet de train pour San Vincente. Trois solutions se presentaient a moi pour m´arracher a l´emprise tentaculaire de la pieuvre: l´autopista, 2 fois 4 voies, traverser les favellas du sud / sud ouest, ou bien les banlieues chic du nord, jusqu´au Tigre, sorte de delta du Mekong a la sauce argentine, ou les residents rentrent chez eux en bateau, et contourner l´agglomeration pour remettre le cap au sud ouest. Tout le monde me recommande le train, dans lequel les argentins ont l´habitude de transporter leur velo. Je suis maintenant cramponne au mien qui oscille lourdement sur sa bequille. Le train, une sorte de RER qui dessert toute l´agglomeration, roule lourdement des hanches en taillant a grands coups, de station en station, le tissu urbain qui s´enroule et brode infiniment autour de la capitale. Excroissances de la ville. Quartiers residentiels comme on en voit dans les series americaines, ou tout est duplique sur un meme modele ( " c´est la vie qu´il vous faut ! " ) , HLM, barres d´immeubles mastoc, bidonvilles sauvages , hirsutes de toles, de ferrailles, de bois . Pour conjuguer la grisaille, des murs comme des barricades ,griffes de tags, de grafitis, de fresques colorees a la Rivera. Underground . Le RER s´arrete en grincant, on voit des enfants courir sur la voie ferree, prise entre deux talus infranchissables , avec l´air de revenir d´un mauvais coup.