De la lagune à Tarfaya

Publié le par Mickael

Réveil à 8h30. Le petit jour filtre à travers la porte branlante de la cave qu'on m'a prêtée pour cette nuit qui fut quelque peu agitée. Je l'ai passée dans un demi-sommeil, entrecoupé par les petits écroulements des murs et les grincements de la charpente en bois. A chaque fois, j'inspectais les anfractuosités pour voir si un serpent ou un scorpion n'était pas à l'origine de ce bruit suspect, sortant de son repaire pour se lover contre moi, dans la chaleur de mon sac de couchage. Au dessus , des poutres charpentant grossièrement la turne, et dont l'une d'entre elle est griffée d'une inscription: " Viva el frente de Bolizario " . Mo imagination me représente une prison du temps de Hassan 2, quand la guerre sévissait dans le Sahara occidental. Sorti de ce trou, je retrouve la lagune, étalant ses eaux stagnantes et miroitantes, enchassée dans son écrin de dunes changeant de teintes à chaque degrés que le soleil monte au ciel. Un lointain ramage d'oiseau migrateurs, flamands rose , hérons , m'arrive enroulé dans les bourrasques. Je suis dans une réserve naturelle. Une centaine de mètres plus loin, un convoi de 3 jeeps chargés de français s'apprêtent à partir, direction la Mauritanie et le Burkina.  Quelques mots et quelques adresses échangées, puis je repars avec à mes côtés Salek, un jeune garçon d'une douzaine d'années, fils d'un des gardiens de la réserve et qui entend bien prendre la relève. Quelques kilometres, tantôt lui dans ma roue tantôt moi dans la sienne, il vire à droite par une piste étroite mordue par des dunes de sable. " Je vais faire du vélo dans le Sahara ! " ma lance-t-il avant de disparaître dans un poudroiement d'or. Bientôt je suis également en présence d'un sable omniprésent qui s'immisce et s'insinue partout. Dans les cheveux, dans les yeux, dans les bagages. Mes jambes sont comme piquées de mille aiguilles. Ma nourriture prendre une consistance " saharienne ". Le pain croustille dans ma bouche comme mes pneus crissent sur la route , traversée d'espace en espace par des spectres jaunâtres. J'ai par moment l'impression que le pactole est charrié par mes roues. Les camions à tombeaux ouverts lèvent des quantités aveuglantes de sable, que le soleil, pierre philosophale qui monté au zénith, change en particules d'or. C'est très beau sauf quand on voit quelque chose. Par moment l'erg saharien s'étend dans toute sa splendeur, roulant ses houles minérales à perte de vue. Des cordons de dunes ondulent dans les lointains liquéfiés. Des barkhanes profilent leurs crêtes, se creusent , descendent, remontent, à demi vivantes, à demi pétrifiées, lentes déferlantes remodelées selon les vents. Un peu plus loin, cela change du tout au tout. A gauche ce n'est plus que du reg, âpre, ingrat. A droite c'est un immense sebkha, marais salant où de gros engins destinés à l'extractions de l'or blanc louvoient entre une multitude de petits monticules éclatants. A quelques kilomètres, c'est de l'extraction de clandestins subsahariens, sur le bord de la route. Petit groupe assis en cénacle dans la caillasse impitoyable, surveillé par 2 militaires armés de fusils d'assaut. J'ai tout vu dans un coup d'oeil furtif et suis parti sans demander mon reste.

 

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Publié dans cyclotropisme

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