El Outia

Publié le par Mickael

05/12/06 à El Outia

Réveillé à 6h30 du matin par des bruits de basse-cour:caquets hystériques, béguètements débiles, cocorico ou kikiriki sporadiques, braiements expansifs. Je jette un coup d'oeil par la fenetre du couloir sur lequel donne ma chambre et découvre une cour intérieure, avec son bestiaire rustique affairé dans la sciure et les gravats. Par dessus le soleil commence à faire sa roue en ensanglantant les façades. On s'arrache toujours un peu dans la douleur. Je suis néammoins content à l'idée de quitter mon petit bouge d'hotel sordide et d'aller respirer le bon air maritime brassé 30 km plus loin par les vents du large et les alizés(Parmi ces vents se trouve une chanteuse J'aurai sous la tête non plus cet humide plafond d'où sortent des tuyaux et des cafards en lourdes cohortes, mais la coupole du ciel, plus vaste et plus ronde dans cette région rase et désertique, et d'où s'envolent ces chers et familiers goélands, qui sont aussi à leur manière des éboueurs mais savent s'élever d'un cloaque au plus pur éther d'un simple battement d'aile. Verlaine a écrit un superbe poème sur ce volatile et son ambivalence. Barbier D'Aurevilly de même. Mais je m'écarte de ma trame et de ma route... Allons pédalons! J'amorce une longue montée, au bout de laquelle je vois brièvement miroiter la mer à l'horizon. Dans mon dos c'est Tan Tan et son irritant mandorle de pollution. Le seul nuage du désert est pour le moins stagnant. Une heure et demie plus tard, j'y suis, à cette mer, toujours fidèle à ma droite, présence rassurante et parfois consolante. ( " La mer, la vaste mer, console nos labeurs " , Baudelaire) . Je n'ai rien vu entre temps qu'un troupeau de chameaux glanant une maigre provende, mastiquant , dégorgeant, ravalant, tout ça en me regardant d'un particulièrement débile , pire encore que nos ruminants. Ils sont d'autant plus grotesques qu'ils prennent de grands airs de pacha. Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette. Il y en a qui ont une bosse, d'autre deux , mais pas plus. Entre deux bosses, comme entre deux créneaux, j'ai ma ligne de mire. Aucun obstacles jusqu'au Brésil. Si je ne perdais pas la vue dans les lointains sont loins ( ?! ) , je verrai peut-être le pain au sucre. La  terre, à ma droite, fait moins de vagues que l'Atlantique qui la borde et finalement semble la prolonger. Théodore de Monod explique dans Méharées combien sont nombreuses les similitudes entre les deux milieux, l'aqueux et le terrestre. A chacun ses escales, au marin le port, au touareg l'oasis. Donc j'y suis. L'Atlantique à ma droite et le Sahara à ma gauche. De quelque côté que je regarde, un élément qui se déroule et se dérobe à perte de vue, et de quoi perdre la raison dans le chant croisé des sirènes et des djinns. Pris dans cet étau de sable et d'eau, je ne peux m'empêcher de penser aux terres fuégiennes et au récit de Luis Sepulveda intitulé Le Bout du bout du monde. Je n'ai pas entendu le chant des baleines, mais un retraité français me signale qu'un requin marteau a été traîné ce matin jusqu'au port de Tan Tan, à 2 kilomètres de la plage où j'ai planté ma tente. Je me demande qui va décrocher le marteau à la criée... De grosses prises, donc. Devant moi l'Atlantique effréné cavalcade en lignes successives et serrées, comme une cavalerie sur un champ de bataille. De grosses mousses d'écume s'agrègent et se désagrègent. Je vois des silhouettes affairées dans les rochers, penchées sur les flaques, qui ramassent pêle mêle des moules, des coquillages, et parfois s'engluent dans les bras d'un poulpe. Ils étaient encore de glauques légions il y a peu, proliférant dans ces eaux poissonneuses du Maroc, mais une pêche massive les a presque décimés. Au loin ca chalute et ca gîte dans le chahut des vagues. La petite ville où je me repose avant d'attaquer l'étape jusqu'à Layoun se nomme El Outia, c'est une mosaîque de cases roses saumon qui sont en train de virer au violet avec le soleil qui arrive à son terme. Il n'y a rien à voir, aucune pression touristique à se mettre. Seulement , pour la grande Histoire et ses petits ou grands soubresauts, je crois que ce fut ici le lieu de ralliement des Marocains qui amorcèrent dans les années 70 la Marche Verte, sonnant la diane afin de récupérer le Sahara occidental d'où c'étaient repliés les Espagnols. Pour moi le lieu de ralliement, c'est la plage, avec Yohan, un français qui va jusqu'au Burkina avec un vieux tacot bordeau qu'il revendra là bas, et un chien, Bongo, qui s'est donné la noble tâche de veiller sur mon sommeil à l'entrer de ma tente. Quatre français, arrivés en camion et qui remontent vers la France rejoignent bientôt notre groupe, ainsi que deux marocains, dont Aziz qui va prochainement se marier avec une française rencontrée sur le net . Les retraités ronflent dans leur camping car. Hélios a maintenant ramené ses glorieux coursiers à l'écurie, dans l'ouest encore incendié. Une lune gravide et blonde reprend le flambeau à l'opposé. Discussion à bâtons rompus jusqu'à 23h, on a des choses à dire quand on voyage, mais surtout des kilomètres à faire. La route est là, c'est la seule pour aller vers le sud, elle est radicale, obnubilante, irritante presque à force.Route qui tranche dans le vif. On a trop parlé des scorpions , jaunes et noirs, pour que je ne furette pas un peu partout dans les coins de ma tente avant de m'endormir, avec l'Atlantique assourdissant tout alentours, dans son souffle de forge, rauque et démesuré. C'est Vulcain qui forge mes rêves de voyage. Lendemain, repos, promenade en ville... Au retour je suis de nouveau seul et ressens immédiatement le besoin, presque compulsif, de reprendre la route, commen on reprend son souffle. En fait il reste encore les retraités et leurs maisons ambulantes d'où ils sortent parfois. En fait, ils sont amusants, aux petits soins avec moi, m'offrant couscous, tajine, poissons, bonbons.C'est aussi de ces flatteries et de ces encouragement qu'est faite la trempe du voyageur. Ils sont d'indispensables auxiliaires. Deux de ces six retraités m'ont apparemment doublé avant hier un peu avant Tan Tan . Ils sont depuis revenus de leur hallucination et j'essaie de leur persuader que ce n'est pas juste un supplice. Les 4 autres, c'est moi qui les ai doublés. Et oui que voulez vous, roulez jeunesse.

Après midi traînante et pourtant qui aurait pu faire basculer ma vie, puisque j'ai reçu ma deuxieme demande en mariage, après une premiere à Rabat. En fait, on peut parler d'une troisieme, puisque celle-ci est double. Deux jeunes filles, l'une de 17 ans et l'autre de 19 ans. La première est lycéenne, revêtue d'une espèce de djellabah, habit généralement  réservé aux hommes, et qui finit sur sa tête en un capuchon pointu et grotesque, un peu comme ceux du Klu Klux Klan . Pour elle, ca sera non. Et comme de toute manière Mohammed 6 vient d'interdire la polygamie, c'est mieux que le capuchon ait tranché l'affaire. A tout prendre, je choisira plutôt Rachida, moulée dans un jean et dans une veste en cuir vert de gris . Une fille de Casa , quoi... Qui me fait des yeux doux de houris jusqu'à ce que je me sente obligé de baisser les miens. Le gardien de la plage fait tout pour arranger le coup. C'est un peu plus sérieux que ça en a l'air, avec le poids et la force d'inertie des traditions. On marivaude en luttant contre les pesanteurs religieuses sociales. Le jeu de l'amour et du hasard. A Casablanca , dans le quartier administratif, c'st déjà plus facile. Mais on s'arrange toujours avec la drague et le danger. On a des subterfuges plein les voiles et ce sang de la jeunesse jeté dans les veines comme avec une fronde. Un deuxieme entremetteur arrive en renfort. C'est un ami de Rachida, qui m'entraîne au bord de l'eau, entre les gros paquets d'écume irisés. Mais la conversation tourne vite au football. Il joue dans la 2 ieme division marocaine. Des Beach volley dans le sahara, ca doit etre le pied. Mais Rachida s'en fout du football. Ou peut-être pas, puisque les matchs de la league des champions qu'on diffuse dans les cafés font rentrer beaucoup de sous et travailler beaucoup de chinois. Et oui, le thé vert que tout le monde boit ici est massivement importé de l'Empire du Milieu. Et sinon, hum, j'y viens, et je retombe sur mes pattes, un peu comme Montaigne mais en moins vertical et avec moins de classe, Rachida est serveuse dans un de ces cafés. Et elle a les yeux de cette couleur, torréfié à max . En rebroussant chemin, j'aperçois 3 femmesn épiant nos intrigues dans les rochers. La mère de Rachida, menton barbouillé de henné, la grande soeur, impérieuse,et une troisieme, inconnue au bataillon. Les trois sont sorties de nulle part pendant que j'avais le dos tourné. Apparemment c'est sérieux. On a dû commencer à préparer le couscous pour le repas de noce. J'entends déjà les puissants youyou des femmes en fête. Bon, je vais étudier la dot, et donnerai ma réponse demain. La nuit me portera conseille .  La lune sur son orbe comme une bague à mon doigt...qui descend.

Publié dans cyclotropisme

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Matt 08/12/2006 02:29

Yeah Micka, je viens d'apprendre qu'une ami de polyphoto sera a Dakar du 26 décembre au 9 janvier!! Est ce que tu penses que tu pourras etre la bas entre ces dates? Elle pourrait t'héberger si tu veux, elle a de la place.Bref, si tu peux etre la bas, je lui filerai un cadeau de Noel a te donner!