Les contours du voyage

Publié le par Mickael

Il eût fallu imprimer en exergue de ce voyage l'empreinte de Nicolas Bouvier, d'Elsa Maillart et de Christina, d'Alexandra Neel , de Théodore Monod .

 

Nous partons en essayant de brouiller ces pistes . La France , puis la péninsule ibérique, s'annoncent déjà comme un long prologue de deux mois . Dans un roman la décor est posé . Ici le décor ne se pose jamais. C'est un contrefort perpétuel . Un pas toujours en précède un autre . Nous dormirons dans des antichambres, oscillerons sur des seuils, pédalerons sur des lignes de partage, marcherons sur des charnières . Le décor avance au rythme des jambes qui moulinent et moissonnent les bornes . Les personnages également, auxiliaires ou coupeurs de route , seront disparates , visages aperçus dans l'entrebaillement des portes et des frontières. Courants d'air . Le rideau est perpétuellement là qui se ferme et se lève sur l'aventure .
Il reste une trame , un itinéraire qui tisse une route, et s'embarasse délibérément de digressions qui sont autant de chemins de  traverses. L'aventure tirée au cordeau n'est pas l'aventure . C'est à l'embranchement, à la croisée des chemins  que peut se manifester le fortuit, l'imprévu , la providence et le coup du sort. La source jaillissant sous le pied de Pégase ou le coup de grisou . Une incidence . Deus ex machina .
Le voyage " nous fait et nous défait " , disait Bouvier . Sans doute . Ulysse aussi , revenu de son beau voyage, n'eut dans sa voile que le souffle des dieux, ire ou caresse, zéphyr ou aquilon . Dans le " vin des vingt ans " , on invoque les dieux non pour qu'ils nous sauvent, mais pour qu'il nous mettent en péril . On en appelle à l'ivresse .   Nous avons juste fait le geste de jeter les dés loin de nous, de battre ces cartes incosolées d'avoir perdu leur relief  . Pédaler est une manière de perpétuer ce geste, de relancer sans cesse les dés, de changer de donne en se déplacant dans l'espace. Un proverbe berbère nous prévient que " le hasard n'est jamais de notre côté dans le désert . "
Mais nous n'allons pas quarante jours errer dans un quelconque Sinai , dans l'idée d'une thébaide. Le voyage est intérieur, certes,introspectif  mais le monde environnant y fera de violentes incursions. Où l'esprit est disponible, il l'est avant tout pour les autres.

Publié dans cyclotropisme

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